Femmes et relations de genre dans le monde contemporain
Voici une synthèse que j'ai écrite sur la question du féminisme pour un séminaire de Paris III. ( Sans les notes de bas de page)
Une question préalable peut être posée: Qu'est ce que le féminisme?
Le mot féminisme est entré dans la langue française en 1837 dans le Dictionnaire Robert comme « une doctrine qui préconise l'extension des droits, du rôle de la femme dans la société ». Cette notion est en fait beaucoup plus complexe. Elle a connu de nombreuses variantes dont celles de Rebecca West ou encore de Nancy Cott. Ce terme d'origine française s'étend dans le monde anglo-saxon à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. Avant le XIXème, on parlait de mouvement pour le droit des femmes, de suffragistes et de suffragettes.
Il est souvent difficile de définir le féminisme à cause de son caractère paradoxal.Par exemple, le féminisme clame l'unicité alors qu'il y a parmi les femmes, une division de classe et de race avec notamment la domination de la femme blanche de classe moyenne . De plus, le féminisme déclare inclure toutes les femmes alors qu'il y a la présence évidente des antiféministes. On peut en effet de moins en moins parler du féminisme comme d'un bloc homogène ou monolithique.
Historiquement, les premières traces du féminisme apparaissent au début du XVème siècle. Christine de Pisan avait relevé l'importance de l'éducation des femmes. Mais c'est la Révolution Française qui va emmener les femmes dans l'espace public avec notamment les clubs féminins, les sociétés d'entraide et de bienfaisance.
En France, Olympe de Goujes écrit une Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne en 1792 et à la même année l'Anglaise, Mary Wollstonecraft publie Vindication of the Rights of Woman .
Tout au long de l'histoire, la majorité des causes féministes concernaient le droit à l'éducation, le mariage égalitaire, le divorce, le droit au travail, les droits civiques et politiques, les droits sexuels et reproductifs et les violences sexistes.
On peut classer les diverses causes féministes en trois grandes vagues.
La première vague connue sous le nom de mouvement des « suffragettes », s'est étalée des années 1870 à 1930 environ. Les femmes ont alors obtenu le droit de vote, le droit d'occuper des fonctions politiques et la reconnaissance de leur statut de « personne » à part entière devant la loi. Le rôle du travail féminin pendant la Première Guerre Mondiale a été primordial, mais de nombreux préjugés demeurent.
La femme est toujours confinée au monde domestique. Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir (1949) et The Feminine Mystique de Betty Friedan (1963) sont des ½uvres majeures qui ont déclenché la deuxième vague, apparu après la Seconde Guerre Mondiale, et renforcée par les événements de mai 1968. Pour Simone De Beauvoir, la sexualité apparaît dans sa dimension libératrice. La prétendue « nature » féminine est en fait une construction sociale et Betty Friedan met en cause l'assignation à la femme de rôles subordonnés et de tâches domestiques. La deuxième vague est caractérisée par le domaine privé de la contraception, de l'avortement et du « Planning Familial », inspiré par l'idéologie néo-malthusienne. De nombreuses femmes utiliseront plus tard le slogan « Le privé est politique » pour illustrer ce changement.
À la fin des années 1960 et 1970 apparaissent de nombreux courants féministes très variés et qui se combattent parfois les uns les autres. On peut trouver le féminisme libéral ou égalitaire, le féminisme marxiste ou socialiste, le féminisme radical et le féminisme français. Les féministes se divisent notamment sur la place de l'homme. Beaucoup de femmes considèrent que le mouvement féministe doit être un mouvement de femme par les femmes à cause de l'oppression masculine.
D'autres comme Susan Faludi dans The Betrayal of Modern Man considèrent que le féminisme peut également s'appliquer à l'homme car il est lui aussi victime d'une société patriarcale. Le féminisme au masculin de Benoîte Groult revient précisément sur les engagements égalitaristes de Poullain, de la Barre, de Condorcet, de Charles Fourrier, ou encore de John Stuart Mill.
Le féminisme est en constante réévaluation et la troisième vague s'interroge sur son avenir. Le féminisme est mis à l'épreuve par les féministes et les antiféministes. La troisième vague se caractérise par une nouvelle compréhension du pouvoir et du changement social, la mise en évidence des contradictions issues des premières et deuxième vagues féministes ; la politisation de la culture et des nouvelles technologies de communication ; et la revendication d'une sexualité positive, productive de savoir-pouvoir.
La subordination des femmes a donc provoqué la création de nombreux mouvements féministes. Dans cette multiplicité, le cas d'Emmeline Pankhurst a particulièrement attiré mon attention. Elle appartenait à la première vague du féminisme pour le droit de vote en Grande-Bretagne. Son rôle majeur dans la Women's Political Union (WSPU) a été caractérisé par une violence extrême passant par de simples pétitions à d'ultimes grèves de la faim. Les « suffragettes » de la WSPU avaient aussi recours au boycottage, aux bombes, aux bris de vitres, aux incendies et aux interruptions de réunions parlementaires. Le pic de leur militantisme a créé de la publicité notamment au niveau international. Par exemple, les actions d'Emmeline Pankhurst ont influencé Harriot Stanton Blatch aux Etats-Unis.
Il est important de noter qu'il y avait des subdivisions au sein même du mouvement pour le droit de vote avec les non-militantes comme le National Union of Women's Suffrage Societies (NWSS) et les militantes.
Millicent Fawcett, Lydia Becker, Annie Kenney, Emily Davison et les Pethick Lawrences ont également été des symboles pour l'obtention du vote en Grande-Bretagne. Bien que les tactiques étaient différentes, les femmes convergeaient vers un but commun, celui de l'égalité politique.
S.Indou. 08/01/08.